samedi 17 juin 2017

De l'importance des petites choses




J’ai remarqué que, souvent, on n’a rien à dire quand on n’est pas tristes, déprimés, abattus, mélancoliques, nostalgiques, malheureux, anéantis, désespérés, tendus, chagrinés ou même tout simplement émus. C’est comme si les trucs qui font le bonheur n’étaient pas intéressants. Comme si à la question « Quoi de neuf ? » on ne pouvait répondre que du négatif : « J’ai eu un problème de voiture. » « J'en ai marre de mon travail. » « J’ai une gastro. » « Il pleut. », « Mais à part ça, rien, ça va ! ». 

Ou alors, on parle des événements importants, qui sont marquants et qui nous amènent une énorme bouffée de bonheur en une seule fois. Et on est tellement heureux qu’on ne peut s’empêcher de le dire à tout le monde, même ceux qui s’en foutent. « Je suis enceinte. » « Je vais me marier. » « J’ai eu le poste auquel j'ai postulé. » « Je pars en vacances aux États-Unis. » « Je suis allée à Disneyland. » « J’ai eu mon bac. »

Mais les petits bonheurs de la vie, ces choses quotidiennes qui nous arrivent et qui font que la vie, ça vaut quand même pas mal le coup, on n’en parle jamais. Réussir à démarrer en côte sans reculer ou réussir un créneau en 2 secondes et 3 coups de volant. Formuler une expression en espagnol sans se tromper. Ouvrir sa canette de coca sans s’en mettre partout. Se réveiller le matin à côté de la personne qu’on aime. Acheter son shampoing préféré, n’avoir personne devant à la caisse et discuter avec l’hôtesse, qui est en fait super marrante. Prendre une douche bien chaude qui détend. Trouver une place de parking facilement en rentrant chez soi et rentrer assez tôt pour pouvoir regarder une de ses émissions préférées. Marcher le long d’une rivière. Vivre dans un endroit qu'on aime. Être en bonne santé. Respirer l’air frais de la campagne. Profiter de nos familles. Achever une tâche dans les délais. Recevoir des compliments. Pouvoir parler et exprimer nos opinions, nos idées, nos envies, librement. Pouvoir porter des jupes, des shorts, des casquettes, des débardeurs et des pinces dans nos cheveux. Recevoir des nouvelles des gens qu'on aime. Arriver à l’heure à un rendez-vous. S’endormir à côté de la personne qu’on aime. Manger notre plat préféré. Avoir des projets. Tenir debout. Aimer. Rêver.

Ces informations-là, personne n’en veut, finalement. Elles n’intéressent personne. Il n'y a qu'à voir la réponse la plus courante à ce genre de phrases : « Ah, c'est bien. » Il n'y a pas grand-monde qui soit intéressé par le fait qu’on soit rentrés une demi-heure plus tôt et qu'on en soit ravi. Et pourtant. Sans ces petites choses-là, sans projet, sans bien-être, sans ces piqûres de rappel qui nous indiquent que la vie n’est pas nulle, on n’arriverait pas à tenir. Pas aussi longtemps, en tout cas. Tout ça, ça contribue au bonheur. Alors non, on n’a pas le travail qu’on veut, on n’a pas la vie qu’on rêvait d’avoir quand on avait 17 ans, on n’a pas fait les études qu’on voulait faire, on n’a pas trouvé l’amour, on n’a pas encore d’enfant alors que la trentaine arrive, on n’a pas choisi nos parents, on n’a pas encore de travail, on n’a pas la maison qu’on voudrait, on n’a pas l’argent qu’on voudrait, notre groupe préféré ne passe pas dans la ville la plus proche de nous, on n’a pas de soleil autant qu’à Tahiti, on a mal au ventre, aux bras, au dos ou aux oreilles, on n’a pas des voisins sympas, on n’a pas de chien, on n’a pas la voiture qu’on voudrait, ni même les vêtements qu’on voudrait.

Et alors ? Le principal, ce n’est pas d’avoir mais d’être. Et bordel, on est en vie.


« Life isn't a matter of milestones, but of moments. »



Article publié sur Un Bout de Coton
Mise à jour le 16 juin 2017

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